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La chute de Mir

 

Quinze ans à tourner au-dessus de nos têtes, et il aura suffit de quelques minutes pour que la station Mir soit détruite dans l'atmosphère et termine sa course dans le Pacifique.

Devenue obsolète, elle avait été abandonnée depuis un an. Bonne à jeter à la casse? Oui, mais pas en s'y prenant n'importe comment. Il ne s'agit pas d'abandonner purement et simplement sur son orbite un objet de 140 tonnes et attendre qu'il tombe n'importe où.

Certains s'attendaient à voir Mir tomber en août 1999 et pourtant les Russes auront attendu le 23 mars 2001 pour se séparer de leur station. Mir a été "désorbitée", forcée à se précipiter vers les couches atmosphériques de la Terre. Pas toute seule ; on l'a aidée. Un navire cargo Progress M1-5, que les Russes appellent "datcha de l'espace", a été envoyé le 27 février dernier pour s'arrimer à la station. Grâce à la poussée de ses réacteurs, il a guidé et contrôlé la descente progressive de Mir pour la positionner sur la bonne trajectoire. Les premières manœuvres ont commencé dans la nuit de jeudi à vendredi à 220 kilomètres d'altitude. Trois impulsions à 1h32, à 3h puis une dernière fatidique à 6h07, heure de Paris, ont conduit Mir à descendre progressivement à 100 km au-dessus de la Terre.

A cette altitude et à la vitesse de 8 kilomètres par seconde, la station a été freinée par les couches denses de l'atmosphère. Sa surface s'est réchauffée jusqu'à atteindre plusieurs milliers de degrés, et ses structures ont fondu et brûlé. Ses éléments externes ont éclaté. Le corps principal aura attendu les 40 km pour exploser en quelques 1500 fragments. Une pluie de 20 à 25 tonnes de matériaux s'est abattue dans le Pacifique Sud vers 7h30, à l'intérieur d'une bande elliptique de 6000 km de long sur 200 km de large. Une trajectoire parfaitement maîtrisée. "Par un contrôle parfait de la désorbitation, que ce soit 20 ou 135 tonnes, la quantité de débris qui atteignent la Terre n'a pas d'importance ; le risque de toucher des zones habitées est pratiquement nul" avait annoncé Nicholas Johnson, directeur scientifique du programme d'étude des débris spatiaux à la National american space agency (Nasa). Dans un panache d'étoiles filantes, tous les débris ont fini leur course à 6h59, à l'endroit exact où cela avait été prévu.

Depuis sa mise en orbite, elle en aura subi des avaries, des collisions et des morts annoncées. Un équipement vieillissant, des problèmes techniques divers, un coût de maintenance élevé ; tout pour en arrêter l'exploitation. C'est donc sans remords que RKK Energie, la société d'exploitation de Mir, a décidé en octobre 2000 de s'en séparer. Sans compter que depuis, la chute de Mir ne pouvait être qu'inévitable. La station commençait à perdre de l'altitude depuis le 1er février, tombant pratiquement chaque jour d'un kilomètre. En effet, l'activité solaire, très intense ces temps ci, augmente la résistance de l'air. En se frottant à l'atmosphère, Mir a commencé à chuter. Plus l'altitude baisse, plus la densité de l'atmosphère augmente. Ce qui amplifie encore plus le phénomène et aurait précipité un jour ou l'autre la station vers le sol. Autre raison qui a poussé les Russes à hâter l'échéance : en dessous de 270 km, l'atmosphère est tellement dense qu'elle risquait de perturber les gyroscopes et les instruments de navigation de la station. Mir risquait à tout moment de n'être plus contrôlable. Le 20 février dernier, jour de son quinzième anniversaire, elle se trouvait à 275 km d'altitude. Décision finale a donc été prise le 14 mars de l'envoyer d'urgence au fin fond de l'océan Pacifique avant qu'elle ne tombe d'elle-même deux semaines plus tard.

A force de parler de ses obsèques, on en aurait presque oublié ce qu'était Mir, qui signifie paix en russe. Lancée le 19 février 1986 par Rosaviakosmos, l'agence spatiale russe, cet immense "meccano" de 140 tonnes et d'une quarantaine de mètres de long ne devait servir que cinq ans, comme toutes les stations orbitales Saliout qui l'ont précédé. Mais en s'agrandissant, le laboratoire scientifique est devenu une station internationale qui a accueilli des spationautes du monde entier, dont des missions françaises. C'est aussi elle qui a hébergé le cosmonaute Valeri Polyakov, détenteur du plus long séjour de l'épopée spatiale, resté 438 jours en orbite.

Mir au fond de l'océan, c'est le dernier fleuron de la conquête spatiale russe qui disparaît. Avec la chute de l'empire communiste en 1991, le budget de l'industrie spatiale s'était considérablement réduit. Le projet d'un deuxième Mir avait été abandonné. Mais il faut croire qu'avec le succès de cette désorbitation parfaitement contrôlée, la Russie risque de retrouver une seconde jeunesse dans le projet de station spatiale internationale (ISS). Pour l'heure, ils font taire les mauvaises langues qui ne croyaient plus à la réussite d'une puissance qui a initié la conquête spatiale.


Sources: Par Olivier Donnars - http://www.infoscience.fr/

 

 

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